A la veille de la Révolution, Florian trouve un poste d’abbesse à l’hôtel-Dieu de Vernon pour sa tante Adélaïde.

Jean-Pierre Claris de Florian, reconnaissant vis-à-vis de son oncle qui l’a aidé à se lancer dans la vie, a accepté de l’aider à trouver un domicile pour ses vieux jours, de préférence à proximité de l’une de ses soeurs religieuses. Il semble que les abbayes subsistent souvent, désormais, dans des conditions difficiles. Celle d’Arles, où vivait la tante Adélaïde, était à bout de ressources. Celle de Jardy, non loin de Versailles, n’est pas mieux lotie. Au bout de quatre ans de démarches et après avoir dissuadé son oncle de venir habiter Vernon (devenue une ville trop chère), il obtient un poste d’abbesse à l’Hôtel-Dieu de Vernon
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Paris, 10 janvier 1789 (suite).
Vous jugez aussi qu’après avoir obtenu de M. de Lyon deux abbayes en six mois, je n’ai ni le droit ni la volonté de lui en demander une troisième, ni des secours ni de recommencer la détestable vie de solliciteur que je traîne depuis quatre ans. J’ai envoyé à ma tante l’état exact de l’abbaye avant de la demander, je l’ai laissée parfaite maîtresse, elle l’a choisie, elle l’aura demain dimanche 11 janvier. Ses bulles seront demandées mardi 13 et, dans le courant de mars, je compte aller l’installer à Vernon, au milieu d’une communauté charmante pour les caractères et pour la paix dont on y jouit. Je vais repayer ses nouvelles bulles, son voyage, son séjour à Paris, ses nouveaux frais de réception, sans être encore remboursé des premiers, enfin, je vais recommencer toute la besogne de l’été dernier, et je ferai tout cela de bonne grâce, mais une fois à Vernon, j’espère ne plus avoir à m’occuper que de mon amitié pour elle, du moins, je suis irrévocablement décidé à ne penser qu’à cela. Ni mon âge, ni mes goûts, ni mon talent que je perds à tout ce métier ne peuvent me permettre d’être tuteur de personne.
Voila donc, mon cher oncle, ma tante abbesse d’hospitalières, dans une ville au prince, sous les yeux du prince, et à portée d’être souvent visitée par moi, qui vais fréquemment et qui aime beaucoup Vernon.
Vernon est une ville où l’on vivait à bon marché il y a dix ans, elle est devenue plus chère, c’est le sort de toutes les villes de France, ma tante ne peut pas vous y loger, la raison en est qu’il n’y a pas de bâtiments et que les malades en occupent une grande partie. D’ailleurs, en vérité, je vous demande si un hôpital, si un hôtel-Dieu (car c’est le nom de l’abbaye) est une retraite convenable pour vous et pour ma tante ? Je passe encore là-dessus. C’est par économie que vous voudriez passer deux ans auprès de votre soeur ; je vous prie de me dire pourquoi il serait plus décent que vous vécussiez avec économie à Vernon qu’à Semur? Dans laquelle de ces deux villes est-il plus séant à vous de faire des réformes, de celle où votre soeur est abbesse, où votre neveu est gentilhomme d’un grand prince qui va s’y fixer tous les hivers, où enfin toute votre famille est en représentation, ou bien de celle où il n’habite et n’habitera jamais que la famille de votre femme qui, je pense, ne mérite pas plus d’égards que M. le duc de Penthièvre, votre soeur et moi. Il me semble que c’est à Semur qu’il faudrait économiser pour dépenser à Vernon…
Ce dimanche au soir (janvier 1789).
Ma tante est nommée abbesse de Vernon. Le Roi a bien voulu y mettre une bonté extrême, en disant à M. de Lyon qu’il était fort aise de me faire plaisir.
Paris, le 31 janvier 1789.
J’ai reçu, mon très cher oncle, votre dernière du 19 janvier avec les deux truites que vous avez eu la bonté de m’envoyer. Elles étaient un peu avancées, mais le prince a trouvé la sienne superbe et m’a chargé de vous en remercier. Nous l’avons mangée avec M. le prince Henri. La douceur du temps lui avait fait tort. Le prince n’en a pas été moins sensible à votre obligeante attention….
Paris, le 21 février 1789.
J’ai eu beaucoup de peine à décider ma tante à accepter l’abbaye de Vernon, enfin elle y est résolue et j’espère qu’elle y sera établie dans une quinzaine. Cette abbaye n’est pas bonne, il s’en faut, mais fût-elle pire ou meilleure, je suis bien résolu de ne plus me mêler des affaires de religieuses. Voici une année absolument perdue pour mes travaux. Je crois avoir rempli ce que je devais à ma tante, elle voudra bien se conduire à présent par elle-même et faire tout ce que bon lui semblera…
Paris, 20 juin 1789.
…Vous êtes instruit du terrible coup que le Tiers état vient de frapper. Il s’est déclaré chambre nationale. On ignore encore comment notre bon roi prendra cette nouveauté, tout le monde est dans une grande alarme. Si le roi soutient le tiers, la noblesse est écrasée à jamais, mais le royaume sera tranquille. Si le contraire arrive, on ne peut calculer les maux dont nous sommes menacés.
(à suivre)

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