Bonnard, le Nabi de Vernonnet (Histoire de Vernon)

Pierre Bonnard, né en 1867 à Fontenay-aux-Roses, avait déjà dépassé la quarantaine et se trouvait en pleine possession de son art lorsqu’il découvrit Vernon, en 1910. Il décida d’y louer une maison dans le faubourg de Vernonnet, face à la Seine, au lieu-dit des Fourneaux. Il l’acheta en 1912 et l’occupa régulièrement jusqu’en 1928. Il partit alors pour le Cannet où il se fixa définitivement jusqu’à sa mort, en 1947. « Ma Roulotte », la maison de Vernonnet, fut revendue en 1939.
Bonnard avait étudié les Arts graphiques à l’académie Julian. Il y avait rencontré Maurice Denis et Edouard Vuillard et les trois amis avaient constitué, dès 1888, le trio de base de leur mouvement qu’ils appelèrent Nabi (le mot signifiant « prophète » en Hébreu). Ils avaient pour modèles Cézanne et Degas ; mais c’est un petit tableau très coloré de Sérusier, « Le Talisman », qui leur servit d’emblème. Sérusier et Emile Bernard peignaient alors à Pont-Aven en compagnie de Gauguin, qui partit pour Tahiti en 1891.
Les Nabis se retrouvaient à Saint-Germain-en-Laye auprès de Maurice Denis, qui y avait acquis un prieuré. Le Prieuré fut le port d’attache des Nabis. Ils exposaient ensemble à Paris. Chacun d’entre eux avait sa marque de fabrique : Bonnard était surnommé Le Japonard parce qu’il appréciait les estampes japonaises et qu’il s’en inspirait. Tous se démarquaient de leurs amis impressionnistes par leurs aplats, leurs couleurs pures et leurs thèmes intimistes. En outre, refusant de se cantonner dans la peinture de chevalet, ils réalisèrent des décors de théâtre, des panneaux décoratifs, des paravents, des affiches, des éventails.
Le confort de la maison de Vernonnet où Bonnard séjournait auprès de Marthe, sa compagne, resta rudimentaire. Il n’avait choisi cette résidence secondaire que pour y travailler assidûment, peindre la Seine et les arbres environnants, rendre les effets d’une lumière très changeante sur le fleuve. Il aimait les surfaces réfléchissantes, les reflets dans l’eau ; ou les portraits de Marthe dont le visage se reflétait dans des miroirs.
Le peintre représenta maintes et maintes fois la façade de « Ma Roulotte » et réalisa, depuis la fenêtre de la salle à manger, de nombreux paysages du bord de Seine, devenus célèbres dans le monde entier. La maison existe toujours. Elle a conservé son fameux balcon de bois aux croisillons blancs. Un restaurant tout proche, qui louait des barques aux promeneurs, s’appelait « Ma Campagne ». Progressivement, c’est tout le hameau qui a pris le nom de Ma Campagne, sur la route qui mène à Pressagny-l’Orgueilleux.

Quelqu’un m’a dit que « Ma Roulotte » avait été rachetée assez récemment au Bon Coin ! Son propriétaire aurait l’intention de lui rendre un peu d’éclat et de notoriété.
(Portrait de Bonnard au lorgnon et à la pipe, extrait d’un « Hommage à Paul Cézanne » par Maurice Denis).

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