FLORIAN (1755 – 1794), fabuliste et auxiliaire du duc de Penthièvre (Histoire)

Jean-Pierre Claris de Florian naquit dans les Cévennes à Logrian, près de La Sauve (Gard). Il fut élevé au château de Florian. Sa mère étant morte alors qu’il n’avait que deux ans, il suivit le frère aîné de son père à Paris pour y parfaire ses études. Cet oncle ayant épousé la nièce de Voltaire, Florian fréquenta Ferney où il fit un premier séjour de trois mois en 1765.Le célèbre écrivain, charmé par la précocité de l’enfant, par sa gaîté et par son sens de la répartie (sans timidité, il donna la réplique à la célèbre Clairon), évoque dans sa correspondance son « petit-neveu par ricochet », qu’il appelle Floriannet.
Grâce à son oncle, Florian devint à treize ans l’un des huit pages du duc de Penthièvre, petit-fils de Louis XIV et de madame de Montespan. On lui fournit immédiatement un cheval, car les pages devaient accompagner leur maître dans tous ses déplacements. Il bénéficierait désormais d’un petit appartement à Paris, dans l’hôtel de Toulouse (devenu le siège de la Banque de France, rue de la Vrillère).
Le duc prit le jeune homme en amitié. Sa protection fut totale et définitive. A vingt ans, il fut envoyé à l’école royale d’artillerie de Bapaume, dans le Pas-de-Calais, afin d’entamer une carrière militaire. Là-bas, le jeune homme s’éprit d’une chanoinesse de trente-cinq ans qu’il voulut épouser ! Le duc fut contraint de le rapatrier. Il servit pendant quelques années comme officier de cavalerie dans un régiment de Dragons de Penthièvre jusqu’au jour, en 1776, où son protecteur le fit réformer. Il fallait se rendre à l’évidence : la carrière des armes n’était pas la vocation de Florian. « Chacun son métier. Les vaches seront bien gardées » écrira-t-il dans la fable « Le vacher et le garde-chasse ».
Devenu gentilhomme ordinaire du duc, qui était aussi austère que richissime, Florian, en échange du temps qu’on l’autorisait à consacrer à l’écriture (il fut reçu à l’Académie française en 1788 à l’âge de 33 ans) fut chargé des oeuvres sociales de son protecteur qui consacrait plus d’un tiers de ses revenus aux déshérités. Il se rendait de château en château pour répandre et répartir les bienfaits du duc de Penthièvre ; de Paris à Rambouillet, d’Anet à Bizy (le duc possédait aussi le château de Saint-Just).
Le poète aimait la solitude et les plaisirs simples, le travail, la lecture… »J’ai tous les goûts vieux, surtout celui de la retraite ». De Vernon, il écrit à son oncle le 15 avril 1790 : « Vers le 25 de ce mois, je reprendrai la route de Paris, et de là j’irai me claquemurer dans mon petit ermitage de Sceaux, où j’ai grand espoir de passer quelques semaines dans la solitude et dans le travail ». Sa fable « Le Grillon » révèle cette aspiration, devenue proverbiale : « Pour vivre heureux, vivons cachés ».
Florian avait fixé son domicile personnel à Sceaux, dont le duc possédait également le château. C’est là que la Révolution le rattrapa. Peu politisé, tolérant, adepte des Lumières, il fut horrifié en 1793 lorsqu’arriva La Terreur et que la belle-fille du duc, la princesse de Lamballe, fut dénudée, assassinée et sa tête promenée au bout d’une pique. Son caractère enjoué en fut définitivement altéré. Une dernière fois, il revint à Vernon pour les obsèques du duc Louis Jean-Marie de Bourbon-Penthièvre, mort au château de Bizy le 3 mars 1793. A son retour à Sceaux, il trouva des scellés apposés sur sa porte, comme sur tous les biens du duc. Il en obtint la levée le 26 mars.
Il fut dénoncé en 1794 (Sceaux était trop proche de Paris, les aristocrates devaient en être éloignés de dix lieues) et arrêté sur l’ordre signé de Robespierre. Remis en liberté le 27 juillet grâce à l’intervention de son ami Boissy d’Anglas, il mourut subitement d’une phtisie foudroyante. Il avait trente-neuf ans. Il est enterré au cimetière de Sceaux et honoré par les Félibres (association occitane créée par Frédéric Mistral) qui le reconnurent comme l’un des leurs et qui le fêtent chaque année.
Il avait fait nommer sa tante Adélaïde de Florian (1721 – 1794), religieuse hospitalière, à l’hôpital-hospice de Vernon. Elle en fut la dernière abbesse. En 1794, au moment de la mort de son neveu, elle fut priée de cesser ses activités.

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