Florian : lettres à son oncle. La Révolution. (Histoire)

Paris, 26 juillet 1789.
J’ai à peine la force de vous écrire, mon cher oncle, les scènes d’horreur dont nous avons été témoin et dont vous n’êtes surement que trop instruit, m’ont navré le coeur. Je sens tout ce que vous et ma tante devez éprouver, et je ne puis que me taire sur la douleur que j’en ressens (*massacre de Bertier et de Foulon)

Sceaux, 31 août 1789.
…Le prince vient de partir aujourd’hui pour la ville d’Eu où il va passer le mois de septembre, ensuite il ira à Vernon …ou sur les bords de la Loire. Je ferai avec lui ce voyage-là qui doit être long… je tâcherai d’aller voir ma tante à Vernon où il y a beaucoup de divisions, mais où elle se conduit à merveille. J’espère qu’elle ne perdra pas tout ceci, et Mme de Narbonne perd à peu près en entier son revenu. Elle s’arrache les cheveux d’avoir quitté l’hôpital de Vernon.

Au Marais, le 15 septembre 1789.
Le grand docteur Jaiffert a presque guéri Nanette (*la fidèle soubrette de Florian). Il l’a traitée précisément comme il venait de traiter Mme la princesse de Lamballe, et cela commence à me faire croire que les corps des princesses et des paysannes se ressemblent un peu. Je m’en étais douté quelquefois.

Châteauneuf-sur-Loire par Orléans, 20 octobre 1789.
…Voilà l’Assemblée à Paris, j’espère qu’elle va fortement s’occuper du rétablissement de l’ordre. Les biens ecclésiastiques vont sauter, je n’en doute pas, mais la banqueroute est impossible, mais le peuple sera plus heureux, mais nous aurons une constitution, et tous ces biens consoleront peut-être quelques-uns du malheure de n’avoir plus d’abbés à trois cents mille livres de rente…
Je vous remercie, mon cher oncle, de vos bontés pour Nanette. Elle est établie à Paris pour son hiver et j’espère que Jaiffert finira sa guérison. Les troubles de Vernon ont empêché le prince d’y aller, j’en suis d’autant plus fâché qu’il n’a pas encore vu ma tante…

Paris, 20 mars 1790.
…Notre abbesse fait des merveilles dans son abbaye. Elle a rétabli toutes ses fermes, et a fait des réparations indispensables qui lui ont coûté deux mille écus sans emprunter un sol. Il est vrai qu’elle s’est réduite à la plus austère économie, mais elle est regardée dans sa ville comme une femme du plus haut mérite, et tout le pays a pour elle la plus profonde vénération. J’espère que les décrets sur les religieux ne la menaceront point, grâce à son titre d’hôpital. Au surplus, le temps éclaircira tout.

Sceaux, 21 mai 1790.
…Notre abbesse est tourmentée par sa municipalité qui la charge d’impositions. Je travaille pour l’en délivrer dans ce moment. Il faut prendre courage et patience.

Paris, 12 juin 1790.
Le nouveau décret qui vient de supprimer toutes les abbayes des deux sexes m’inquiète beaucoup pour ma tante. Elle n’est plus abbesse, et il m’est impossible de savoir ce qu’elle est. On nous fait espérer que leur sort sera bientôt décidé. Je suis bien sûr qu’elle aura une bonne pension mais restera-t-elle dans son couvent ? Comment y restera-t-elle ? Tout cela est inquiétant…Patience et courage. Le prince est à Châteauneuf-sur-Loire. Sa santé n’est pas très bonne. Je lui parle de vous dans la lettre que je lui écris aujourd’hui.
Adieu, mon très cher oncle. Dieu nous donne des jours plus tranquilles, et amène bientôt le moment où nous n’aurons plus à nous parler que de la vive tendresse avec laquelle je vous embrasse du meilleur de mon coeur.

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