La verrière de l’Hôtel de ville de Vernon (Histoire)

On est souvent pris par le temps lorsqu’on escalade les escaliers de l’Hôtel de Ville de Vernon. Parfois, on jette un oeil discret sur le vitrail très coloré situé dans l’escalier d’honneur. On n’a pas le temps de s’arrêter, on se promet de revenir ; ou bien, on n’ose pas.
Elle est pourtant lumineuse et gaie, cette verrière. Ses lignes stylisées font par ailleurs ressortir le sujet symbolique du motif : la cueillette du cresson pour Saint-Louis. Le roi y est représenté drapé dans son manteau bleu semé de fleurs de lys. En bas, sur la droite, le blason de Vernon et ses trois fleurs de lys semblent tombées du manteau royal et ses bottes de creson liées d’or se détachent sur une eau céruléenne semée de nénuphars.
Le vitrail ne date pas d’Adolphe Barette, farouche anti-clérical, tellement sectaire qu’il construisit la Maison Commune en pierres de Saint-Maximin, à plus de cent kilomètres de Vernon. En effet, selon la légende (tenace), les carriers de Vernon allaient à la messe le dimanche, tandis que ceux de Saint-Maximin passaient pour avoir des opinions d’extrême-gauche ! Alors, un vitrail !
On doit donc la verrière de François DECORCHEMONT à Georges AZEMIA qui présida aux destinées de Vernon pendant trente-quatre ans, de 1946 à 1977 et de 1977 à 1983.

En 1964, à quatre-vingt-quatre ans, le maître-verrier était aussi célèbre que Daum et que Lalique. Né en 1880 à Conches-en-Ouches, élève de l’école des Arts Décoratifs de Paris, il avait participé à l’essor des pâtes de verre et avait fait évoluer et totalement rénové cette technique, avant de se consacrer à l’art du vitrail.
Au lieu de découper du verre pour le sertir dans le plomb, il se mit à utiliser des débris de cristal récupérés chez Daum. Il les pilait, les mélangeait avec des oxydes (colorants) avant de les fondre. Ainsi coloré, le cristal était de nouveau broyé et rangé, par couleurs, dans des pots (comme le faisaient les peintre anciens pour les pigments). Abandonnant le plomb, il moulait donc et travaillait chacun des éléments de son vitrail avant de le cuire et de le fixer dans un ciment, obtenant mille effets d’épaisseur, de modelé, de mouchetures, de transparence. Une affaire de technique, d’alchimie, de longue pratique où peuvent puiser les spécialistes et les connaisseurs de l’art du vitrail.
François DECORCHEMONT était discret. Il ne divulguait pas facilement ses recettes. Mais il fut le grand-père de deux verriers : Antoine et Etienne LEPERLIER. Il était lui-même le fils d’un sculpteur.
Mort à Conches en 1971, il a laissé une oeuvre imposante (à Paris, dans l’église Sainte Odile ; dans le Cantal ; mais surtout dans l’Eure, son département d’origine. Outre la verrière de l’Hôtel de Ville de Vernon, on peut recenser une trentaine d’églises possédant des vitraux de DECORCHEMONT dont celles d’Acquigny, d’Etrepagny, de Gaillon, de Pacy-sur-Eure).

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