Lettres à son oncle : Florian parle de Vernon et cherche une abbaye pour sa tante Adélaïde (Histoire)

Le marquis de Florian, oncle de J.-P. Claris de Florian, veut revenir en France après la mort de Voltaire (qui était d’ailleurs rentré à Paris avec tous les honneurs) et en même temps, se rapprocher de ses deux soeurs religieuses et de son neveu. Il charge l’écrivain de lui trouver une maison (pour lui et pour son épouse) et une abbaye pour la tante Adélaïde Claris de Florian (l’autre tante étant une enquiquineuse, Florian refuse de s’en occuper).
L’oncle envoie des truites et des ombles chevalier à tour de bras au duc de Penthièvre. Il semble qu’elles aient été cuites avant le voyage et même cuisinées. Mais on comprend mieux pourquoi le duc fit construire une glacière dans le parc du château de Saint-Just, les poissons étant des bêtes mahousses destinées à nourrir le destinataire pendant une semaine.
Paris, 9 février 1784.
Tout ce que je puis vous dire, c’est que Vernon est une ville charmante…Tous les Anglais ruinés viennent à Vernon, parce qu’avec quatre mille francs de rente, on est le plus riche de toute la ville. Vous êtes sûr d’y trouver une excellente compagnie…, des maisons charmantes à bon marché, des jardins sur le bord de la Seine, le voisinage de Paris et la certitude de vous voir deux ou trois fois dans l’année. Je vous répète que quatre mille francs sont les très rares fortunes…Ecrivez une longue lettre à M. le doyen de Vernon à Vernon. C’est mon ami, réclamez-vous de moi, il vous détaillera à maille sous et denier ce qu’est Vernon.
Paris, 1er mai 1784.
Quand je vous parlais de Vernon, je vous dis ce que j’en pensais, et peut-être le désir d’être auprès de vous me faisait exagérer ses avantages. Quand j’ai cessé d’en être enthousiaste, cela n’a pas été étonnant, puisqu’on m’a prouvé clair que tout séjour près de Paris ne pouvait que vous ruiner. Certainement, tous les environs de Paris sont aussi chers que Paris, et on y est seul l’hiver…
Paris, 12 janvier 1788.
J’espère que nous touchons au moment d’avoir une abbaye pour ma pauvre tante. Cette abbaye ne serait pas loin de Paris, elle vaudrait plus de vingt mille livres de rente. J’ai parole, l’abbesse se meurt, mais il ne faut compter que sur ce que l’on tient, ce qu’il y a de sûr, c’est ce que je fais de mon mieux.
Paris, 16 décembre 1788.
J’ai parole pour une autre maison que Jarcy, dont l’abbesse âgée de quatre-vingt-dix ans est à l’agonie depuis un mois, mais la gelée la soutient. Si cette affaire réussit (…), ma tante ne sera rien moins que riche, mais elle pourra vivre du moins, elle sera dans une ville d’un ordre fort austère et ce qui me cause de la peine, dans une position peu favorable à notre projet, à cause de l’austérité et de la maison qui est un hôtel-Dieu. Il ne faut pas que ce nom vous fasse croire que cette abbaye est peu de chose, elle a toujours été occupée par les dames de La Rochefoucauld et de Montmorency, elle est demandée dans ce moment par un Laval, mais je ne puis rien dire encore et je n’ai que des paroles. D’ailleurs, l’abbesse ne meurt point.
Paris, 10 janvier 1789.
A force de soins, de peines, de visites, de lettres, de journées employées entières à visiter tous les prélats du royaume, je suis parvenu à obtenir pour ma tante l’abbaye de Vernon. Cette abbaye est un hôpital fondé par saint Louis, possédant à peu près 20.000 livres de rente, sans dettes mais obligé de nourrir 20 malades, 30 religieuses, ce qui, joint à une dizaine de domestiques, forme un total de 60 personnes, pour lesquelles vous jugez que 20.000 francs suffisent à peine. Madame de Narbonne-Lara qui avait cette abbaye et qui passe à celle d’Evreux, nouait les deux bouts, et c’est tout ce que l’on peut faire.
(à suivre)

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